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Lettre à vous, mes écoutant-e-s…( Psy, thérapeutes, analystes…et ami-e-s)




Ceci est un témoignage à l’attention de celles et de ceux qui craignent de se lancer en thérapie, et c'est vrai que ce « Connais-toi, toi-même" nous emmène vers des lieux de soi où nous n'avons pas toujours envie d'aller.


Ma plus tendre enfance fut, d’entrée de jeu, le lieu des questions existentielles, à la mesure de mon jeune âge.


À 15 ans, une professeur de grec dont je n'ai pas retenu le nom, m'a mise en présence de cette phrase inscrite sur le fronton du temple de Delphes : " Connais-toi toi-même..." et elle ne quitta plus mon esprit.


La même année, une prof. d'histoire m'ouvrit à l’esprit critique, à la mise en doute nécessaire, m’apprenant que, toute chose considérée comme acquise, ne l'était que " dans l'état actuel de nos connaissances… ».


Enfin, toujours la même année, une prof. de morale laïque, ouverte, m'apprit l'égalité, la tolérance, la nécessité d’une réflexion personnelle.


L'école était un stress permanent et je quittai les cours à mes 16 ans et demi, forte de ces préceptes et décidée à me former en me frottant aux expériences de la vie!


Vers la trentaine, le brouhaha dans ma tête était devenu insupportable, les questions trop nombreuses, les souvenirs d’enfance diffus, cris, baisers et caresses emmêlés.


J’avais entendu parler de psychologie, de psychanalyse, mais à cette époque, un mal-être assez important pour devoir être soigné, était considéré comme de la folie. Ce n’est que grâce à ces trois professeures, qui m’avaient inculqué le sens aigu de la liberté de ma pensée, que je pris le chemin d’un thérapeute.


Comme je n’y connaissais rien, j’eus un premier rendez-vous avec un psychiatre, peu intéressé par la psyché, tourné vers le tout-puissant seigneur médicament, qui me reçut.

Me reçut, est un grand mot: tout au plus me posa-t-il quelques questions tout en rédigeant déjà son ordonnance.


Après 1 mois, je jetai les médicaments et renonçai à cette approche. j’avais besoin avant tout de parler de ce qui, depuis l’enfance, me pesait, et que j’avais soigneusement enterré au fond de mon inconscient.


Je ne supportais pas ces produits qui me coupaient d’avec mes émotions, qui pour anxiogènes qu’elles étaient, me donnaient le sentiment d’exister et de vivre.

Était-ce une bonne chose?

Certainement pas, mais je ne le savais pas encore.


Quelques années plus tard, des moments de plus en plus longs de mal-être, me tournèrent vers un psychiatre - psychanalyste: je venais de perdre mon compagnon, après 25 années de mariage. Nous étions relativement jeunes encore, puisque j’avais 44 ans et lui 54.

Le ciel me tombait sur la tête, banal, mais comment dire autrement la mort d’un conjoint aimé?

Nos filles avaient quitté la maison depuis un moment déjà, et furent aussi sonnées que moi. Ma seule compagnie désormais était ma chienne, et j’espérais que la mort ne tarderait pas trop à m’emporter.


La compagnie des autres m’ennuyait, je me laissais dépérir, vieillir avant l’âge, vêtue de beige ou de noir, laissant mes cheveux devenir gris et n’ayant même plus le courage de retourner à mon emploi de secrétaire.


Je fis un cauchemar horrible, dont le contenu, à ce jour, est toujours clair comme un évènement qui aurait eu lieu réellement: dans ce rêve, je tuais mon époux, mais il ressuscitait , et au réveil, je sentis tout mon être se révulser à l’idée de son retour!

L’horreur s’empara de moi: comment pouvais-je avoir un tel rêve?

j’y réfléchissais nuit et jour, terrifiée par ces pensées de meurtres, mais quelque chose se fit jour dans mon esprit: depuis son décès, j’étais libre de faire ce que je voulais, d’aller où je voulais, de sortir le soir ou non, de m’habiller à ma manière, de regarder une émission ou une autre, et cela me rongeait.


N’avais-je donc pas aimé?


Un ami me dirigea vers un psychanalyste-psychiatre.


Celui-ci me reçut en face à face quelques mois, m’aida à faire face à ce sentiment nouveau, à en extraire la culpabilité inutile, à comprendre le sens du cauchemar.

Ma jeunesse avait été brimée sous le joug d’un père violent et alcoolique, et dans mon inconscient, j’étais passée du joug du père à celui du mari. Je précise cependant que celui-ci était un homme gentil, d’un caractère sans commune mesure avec mon père.

L’époque ne laissait pas encore à la femme la liberté dont elle avait pourtant le droit de jouir autant que les hommes, bien que nous fussions, lors de notre mariage, à 1 an de Mai 1968!

Cette liberté à laquelle nous aspirions, nous femmes, je la sentais vivre en moi, mais jamais je n’aurais osé la revendiquer au sein de mon couple.

Et voilà qu’elle se réveillait à très mauvais escient, là, en plein veuvage!


Ce psychanalyste me mit sans ménagement, en face de mon ego, de l’orgueil, de l’illusion, et d'une culpabilité trop facile, qui me donnaient une trop belle image de moi-même et de mes motivations.


Deux ans de veuvage désespéré, quelques mois de thérapie musclée ( ah il ne me ménagea pas!), et je repris goût la vie.


Les choses s’étaient éclairées d’un jour nouveau, je comprenais que cette liberté retrouvée, désirée, n’enlevait rien aux années heureuses, ni n’ajouta aux années qui le furent moins.

Le mal-être me laissa plus ou moins en paix, la vie reprenait ses droits, et j’eus un premier amant. Ce fut une révélation. Je comprenais enfin que je n’avais jamais connu le plaisir auparavant.


J’acceptai désormais mieux les moments sombres comme en ont chacun de nous.

L’erreur fut de penser que ces quelques mois avaient réglé tout ce qui se cachait en moi.


Et je lus.


En ai-je lu des livres: de Jung, à l’époque, et j’appris que nous avions des rêves, des archétypes communs à toutes et tous où que nous vivions sur cette terre.

Je lus Freud, et essayai de comprendre un peu Lacan!


Un psychanalyste Jungien eut donc ma visite. Pour la première fois je pris place sur le fameux divan! Je me souviens encore du jeté de lit bleu turquoise qui le recouvrait. Pour la première fois aussi, je me sentais dans un lieu sécurisant, avec quelqu’un à qui je pouvais faire confiance. Cela dura environ deux ans, mais il quitta Bruxelles. Je me sentais mieux.

Ces séances ne me guérirent pas, mais je pensais encore que l’on guérissait au sens médical du terme, cependant satisfaite de ces rencontres, j’avais le courage d’avancer seule, de regarder mes émotions avec plus d’indulgence.


Chaque fois, j’ai pensé que le chapitre était clos, que désormais un bonheur inaltérable m’attendait.


Entretemps j’appris que l’espoir est destructeur: il nous met en attente et empêche l’action.

Une autre erreur, fut de penser que l’âge éloignerait les fantômes, ferait disparaître les démons, et que la sagesse adviendrait sans faire d’effort.


Bien des années plus tard, un autre aimé décéda, dont je ne me remis qu’avec difficulté, et il y eut coup sur coup, d’autres morts de trop proches. À chaque enterrement, que le plus souvent j’organisai, car j’ai toujours été considérée comme une « forte femme », et sans doute le suis-je, je sentais que quelque chose se détériorait en moi, que le passé revenait en force, que les blessures se rouvraient en grand.


« Elle », la dépression, la vraie, revint renforcée par mon apparent mieux-être, agressive, destructrice.

Elle me jeta sur le flanc.

Pourtant pendant toutes ces nombreuses années, jamais je ne quittai mon travail et cela me sauva du pire.


Il y eut quelques thérapeutes encore et cela peut paraître un genre de « shopping » à la recherche d’un psy mais toutes ces séances ont eu lieu sur environ 40 années, avec des interruptions de parfois quelques années, où je me sentais capable d'avancer sans eux.

Je cherchai une nouvelle écoute et je voulais d’une thérapie différente, peut-être plus brève et qui me donnerait des pistes, des conseils, enfin je n’en savais rien.


Cette écoutante est venue sur mon chemin.

Aucune rencontre n’est jamais vraiment arrivée totalement par hasard.


C’est son écoute empathique et dénuée de jugement qui m’a remise sur la bonne route et ses phrases, en apparence anodines, m’y ont guidée et je pus modifier certaines de mes attitudes dévastatrices récurrentes.


Ses mots, tirés de leur contexte, ne vous diraient rien, pour moi ils furent salutaires.

Sans doute aurions-nous été plus loin ensemble, si un problème grave et personnel ne l’avait pas frappée.


Elle reste dans mon cœur, une amie avant qu’une psychothérapeute.

Suivre une thérapie ne fait pas de moi une indifférente aux soucis des autres, bien au contraire.


J’ai essayé quelques approches modernes, comme l’E.F.T ( Emotional Freedom Techniques), L’EMDR ( Eye movement desentization and reprocessing ", se traduisant littéralement par désensibilisation et reprogrammation par le mouvement oculaire), qui sont des thérapies tout à fait efficaces, mais me convenaient moins que la parole, le « dire ».


Lors d’un stage chez un ami psychothérapeute où nous étions 13 personnes, âges et sexes confondus, je me sentis enfin moins seule: bien sûr je savais que d’autres que moi souffraient, mais je ne les rencontrais jamais! Là enfin, nous étions ensemble et nous osions confier sans plus de pudeur que nécessaire, une partie de ce que nous avions vécu et qui justifiait notre présence.


Après une de mes confession, il me dit cette phrase salvatrice qui me délivra des hontes: « Toute agression envers un enfant est un crime, et ce n’est pas l’enfant le coupable ».


Être entendu-e, déposer le fardeau sur les épaules de quelqu’un qui est formé pour ne pas avoir à le porter, et sortir de ce lieu d’écoute, les épaules plus légères, voilà le secret.

Il y eut donc à nouveau quelques années de paix relative, avec ces hauts et ces bas, proches de la bipolarité, ou disons des troubles sérieux de l’humeur.


Le temps passait et ce qui n’avait pas été résolu, revenait, rendait mes nuits difficiles, les aubes insupportables où les idées noires se pressaient en rangs serrés et où j’envisageais mille manières de mettre fin à mes jours, mais proprement!

La vie continuait, j’arrivais à flotter, mais à peine.


Une rencontre, encore une fois « hasardeuse", me fit prendre place sur « le divan », dos à « lui », tournée vers une fenêtre que je ne pouvais m’empêcher d’ouvrir aussitôt arrivée, et quel que fut le temps au dehors!


J’avais besoin de savoir que je pouvais fuir, même si de l’autre côté, il n’y avait qu’un jardinet entouré de murs!

Là, j’ai appris, avec beaucoup d’anxiété parfois, de larmes et de rires:

-Que le manque originel demeurera toujours, et qu’il ne servirait à rien d’essayer de le remplir avec des dépendances multiples,

-Que, comme chacune et chacun de nous, j’ai besoin de me sentir aimée et j’ai le droit de l’être.

-Que je ne changerai pas fondamentalement, et que l’analyse aide à retrouver la personne que j’étais avant que je ne me sois laissée formater par mes croyances, mon entourage. Tant d’autres réflexions sont venues se greffer à ces séances, dont je sortais parfois « essorée ».

-Que j’ai appris à postposer la pulsion aussi superficielle me semble-t-elle, et faire alors, si nécessaire, un choix en toute connaissance de cause et responsabilité.

-Que tout le monde ne fonctionne pas comme moi.

-Que j'ai appris, un peu, à cesser d’attendre, et cessé de donner ce que l’on ne me demandait pas!

Nous avons ri beaucoup aussi, et j’ai tenu bon.


Les aléas de la vie et de la santé m’ont éloignée du cabinet: il est un fait qu’il n’est pas toujours possible, même avec des séances peu coûteuses ( dont je le remercie), de mener de front des soins médicaux et une psychanalyse.


Grâce à ces séances, une relation toxique, vraiment toxique et dont j'étais atrocement dépendante s’est alors terminée.


J’étais retombée 5 fois dans la dépendance de cette personne, j’ai enfin pu rompre et pu constater que ce n'était pas de l'amour que je ressentais mais du manque!


Je me suis longtemps sentie libérée, mais le trou béant se rouvrait, rien n’avait plus de sens, les idées noires affluaient, et j’étais sur ce fil si fin d’où je pouvais basculer d’un moment à l’autre.


La solitude était infinie: quand il est impossible de raconter tout ce que l’on ressent, même à un-e meilleur-e ami-e, la survie est quasiment impossible: les mots doivent sortir pour que nous allions mieux.


Je me sentais dans une impasse, et ne pouvais envisager de reprendre l’analyse,( qui est de longue durée en général) mes finances ne me le permettaient plus.

Un écho m’est parvenu: Hypnose.

J’y vais: c’ est de l’hypnose conversationnelle.

Je ne connais pas cette technique, mais au moins, il apparait qu'il n’y aura que 3 ou 4 séances.

Je n’y crois pas trop.


Au début, je souris en moi-même: détente sophronique ( j’ai des certificats des 1er et 2ème degré de sophrologie, acquis en 1985 avec Le Dr Yves Davrou, émule de Caycedo, mais l’époque était jeune…) et je trouve l’induction un peu rapide.


Néanmoins en 4 séances, grâce au thérapeute et au travail d’analyse précédent qui se continue inconsciemment, je cesse d’avoir des crises d’angoisse, et je retrouve un peu de sommeil.


Le manque aussi se fait plus discret.

Une évidence me saute aux yeux: «comment ai-je pu, à ce point, me manquer de respect?»

Réductions aussi de mes peurs.


Sans crier gare.je bloque, je ne veux plus aller plus loin.


Comme en psychanalyse, l’inconscient rechigne, ne veut plus que l’on creuse, il dit: « pas encore, pas maintenant »


Il n’y a cependant pas toujours de grands drames à découvrir, il suffit d’un ressenti d’enfant, d’insultes d’adulte, pour détruire la confiance en soi, l’estime en laquelle on se tient.

J’ai appris beaucoup, je me sens capable de me mettre « en suspens » et de continuer seule l’introspection. Je prends le risque d’essayer, forte de ce qu’ils et elles m’ont apporté, parfois dans des silences très Lacaniens où je me demandais ce que je faisais là!

C'est grâce à ces écoutes cumulées que je suis arrivée à mon grand âge, avec plus ou moins de bonheur, de courage, de patience et de découragement aussi.


J’essaye donc de poursuivre mon chemin à la lumière de la philosophie appliquée au quotidien, et d’une introspection plus méthodique non laissée au hasard d’une rêverie stérile.


Me regarder sans illusions sur moi même, me sachant capable du pire mais aussi du meilleur, et prendre soin de moi, comme j’ai pris soin d’autres, m’accepter telle que je suis avec mes faillites, mes fêlures, mes succès, mes dons que je ne renie que trop souvent; ôter un voile après l’autre et découvrir sans amertume, les os derrière la peau qui ne seront, un jour, plus que poussière d’oubli.


Arriverais-je à continuer sans votre écoute?


Je n’en sais rien.

Il m’arrive encore de t’appeler occasionnellement, toi mon écoutant, pour savoir si je suis sur le bon chemin, pour simplement parler un peu, moi la solitaire.

Je vais essayer de m’écouter plus, de m’entendre plus, de m’aimer un peu plus, et si d’aventure je n’y arrivais pas, à nouveau, vous m’ouvririez votre porte et je vous ouvrirais pour la millième fois, celle de mon inconscient.


Mona McDee




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