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  • jmcdpsy

La bonne personne…

Parfois, lorsque nous vivons seul-e-s, nous nous demandons: « Quand donc rencontrerais-je la bonne personne? » C’est tout au long de notre vie que nous rencontrons « la bonne personne », celle dont nous avions besoin à un moment précis, pour partager un pan de vie, quelques heures, pour apprendre quelque chose; une amitié, un amour, une relation purement physique, une entente philosophique, un instant nécessaire à notre vie fut-il heureux ou douloureux.


La souffrance nous empêche de reconnaître rapidement la portée de ces rencontres en apparence souvent anodines. Le temps passe et toute la richesse de ces collisions atomiques se révèle à qui veut la voir. Il faut que je remonte le temps à la recherche de ces rencontres, des impacts qu’elles ont laissés et qui m’ont marquée, tels les météorites la lune: un cratère de douleur, un mont de plaisir, des plaines étales de petits bonheurs quotidiens.

Il y a tant d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont croisé ma route, un coup de fil qui m’a sauvée du pire, une enfant inconnue qui me tend une feuille d’arbre parce qu’elle me trouve belle, même malade et hâve, une amie m’écoute et nous partageons rires et larmes, un compagnon partage ma vie et me donne une enfant et des petits-enfants arrivent, deviennent hommes, se redressent et avancent avec fierté; quand je me pense vieille, tu entres dans ma vie pour deux semaines de tendre miracle, et je me remplis de gratitude avant les jours d’immense solitude du grand âge venu.


Toi mon amour, parti déjà, qui me laisse cette douce béance, cette indélébile trace; toi qui m’a appris que je pouvais me reposer parfois, toi mon amie, celle qui m’a trahie et que j’ai trahie aussi, et vous mes très lointain-e-s, ceux des sables et celles de routes rouges d’Afrique; toi, ma jumelle, à des milliers de kilomètres, nous qui cheminons en parallèle, vivant peu ou prou les mêmes éloignements d’avec nos amours, toi aussi mon amie au mal-être récurrent comme le mien, amie d’un réseau, mais amie quand même; et mon fils de cœur, dans ce pays aride et sec où soufflent des vents violents et torrides, et ces enfants aux peaux sombres et douces, mes filleul-e-s de « là-bas ».

Toutes sont ou ont été « les bonnes personnes ».

J’ai tant ri, tant pleuré, tant été blessée et tant reçu d’amour, si je veux bien le discerner, entre les lignes, entre les nuages bas du cœur.


Des centaines de personnes nous traversent, nous quittent ou bien nous les quittons, et abandonnent en nos cœur, en nos corps des marques profondes ou légères: certaines que nous chérissons, d’autres dont nous nous lavons indéfiniment dans le silence ou la parole libératrice.


Pendant que j’écris, mon bistrot favori se remplit de vos ombres, assises ou debout et le café devient trop petit pour vous contenir tous et toutes. Des éclairs, des bribes, des visages oubliés et d’autres sans visage. Cette femme qui me prend les mains dans le métro, me regarde intensément et s’en va. Elle disparaît? Non, elle demeure assise parmi les autres, passagère clandestine de ma vie.


Entourée de vous, je remonte aux origines, à ces instants que je traîne derrière moi où j’ai pensé avoir tellement manqué d’amour.


Rejetée je l’ai été, aimée, je l’ai été: ils ne pouvaient faire autrement avec ce qu’ils avaient reçu. Et je n’ai pas fait beaucoup mieux. Je me suis tellement battue contre eux, qu’en chemin j’avais perdu l’essentiel: l’amour, celui qui lave, efface, rend tout plus doux car il faut avoir reçu une sacrée dose d’amour originel pour être une résiliente combative. Toi aussi, brièvement entrevu, mon père des Highlands et cette nostalgie que comble la cornemuse et les lochs cernés par les collines envahies de bruyère.


« La bonne personne », celle que je rencontre au coin d’une rue, me fait grandir, m’oblige à me mesurer à moi même, même si sa gifle mentale m’assomme sur le moment. Orgueil démesuré et omnipotence de l’enfant devenue adulte, mis à sac pour mon plus grand bien.

Pour toi qui passe, je suis aussi « la bonne personne », à cet instant précis. J’ignore ce que je te lègue: j’espère que c’est un cadeau qu’un jour tu découvriras, en déballant les souvenirs de tes rencontres. Je sais qu’au sein des collisions les plus improbables se cachaient les trésors les plus précieux. »


Monazarts


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