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  • jmcdpsy

Jouir ailleurs que dans le symptôme, cela va sans dire.

Mais, qu’est-ce au juste que cette jouissance du ou dans le symptôme ? Sont-ce les « bénéfices secondaires de la maladie » dont parlait Freud ? Oui et non. Non, car cela va bien au-delà. Alors, pour tenter de rendre plus accessible ce qui, sans le passage par l’expérience sur le divan, s’avère incompréhensible pour le néophyte -dont l’ignorance fait, hélas, la fortune de nombre de truands médiatisés qui ne cherchent qu’à, tels des vautours, se repaître des « restes » pouvant prêter à confusion dans les textes des fondateurs de la discipline- rien de tel qu’un exemple tiré de l’expérience clinique personnelle et dont, pour des raisons de déontologie évidentes, nous garderons anonyme et modifierons quelques paramètres tels les lieux, le genre et la condition.


L’exemple qui va suivre, constitue simplement une voie d’accès théorique à ce concept quelque peu galvaudé ; un exemple qui, bien évidemment est bien plus complexe et résulte d’années de cure analytique. Les puristes voudront bien me permettre l’impudence et puis, au fond, n’est-ce pas leur affaire plus que la mienne ?


Or donc, voici Monsieur V. qui revient sur le divan après quelques semaines de vacances et qui, tout de go, s’exclame qu’il ne pensait pas que l’on pouvait passer des vacances aussi agréables, dans le pur plaisir, sans que le travail ni les autres impératifs du quotidien qui d’habitude l’assaillent ne se mettent entre lui et les bons moments passés « en totale déconnexion ; je pensais que cela n’était pas possible car cela n’a jamais été possible, malgré le soin que je mettais à tout programmer, réviser, préparer, etc. ». Il est vrai qu’avant, même dans les endroits les plus idylliques, avec les personnes les plus chères et le confort extrême, il devait toujours y avoir une faille qui lui fasse me raconter des actes manqués, des oublis, des conflits, des frustrations, tous de nature à lui « pourrir des vacances qui, dans le fond, n’étaient jamais reposantes. »


Connaissant son histoire, je lui lance un « toujours plus » qui, après un léger silence, me revient sous la forme d’un « oui, jamais assez ». « Pourtant je faisais tout pour que cela se passe au mieux… D’ailleurs, j’ai remarqué que le travail ne m’a pas un seul instant empêché d’être présent à ce qui m’occupait au moment où je le faisais… » J’interviens une fois de plus avec un « rien à prouver ». « Oui, enchaîne-t-il, rien à prouver ; avant je me sentais dans la position de l’imposteur, de l’usurpateur, avec une espèce de sentiment de honte qui me disait qu’il me fallait toujours donner plus, démontrer davantage, que les autres ne pouvaient pas ne pas attendre plus de ma part ; ce n’était jamais bien : rien n’était jamais bien. » « L’échec, les ratages, c’était mon quotidien et un quotidien que j’avais fini par considérer comme mon lot, même si je désirais en sortir, évidemment… » (…) « Finalement, je n’en ressentais aucun plaisir… »


Je saute sur l’occasion et lui renvoie un « vous ne ressentiez aucun plaisir ». Il associe, mais semble tourner en rond autour de la notion de plaisir. J’enchaîne alors par cette scansion dans la séance : « si, vous éprouviez du plaisir, mais ailleurs, dans l’échec et la plainte, dans les ratages et autres symptômes… Comme une jouissance qui aurait été attendue ailleurs et qui se fait autre… » (silence)


Le silence dure, plein, comme toujours. Je laisse aller, relançant de temps à autre par des « oui » neutres qui se veulent une invitation à la parole, au respect de la règle fondamentale qui veut que l’on dise tout ce qui vient à l’esprit, et aussi une façon de faire comprendre tant à l’inconscient qu’au sujet allongé sur le divan, que l’analyste n’est pas dupe du contenu de ces silences.


Après deux ou trois de ces « oui », Monsieur V. reprend le fil des associations. « Je pensais à cette obligation que j’ai toujours ressentie et qui me poussait à devoir prouver aux autres en général que je méritais d’être là, reconnu en tant que responsable de département, de consultant, de bon père de famille, de bon époux, de bon fils… » (…) Comme si je m’amputais d’une partie de moi-même, celle qui voulait éprouver du plaisir -autrement qu’en cachette-, que je n’étais pas un imposteur, un usurpateur. » Je ne dis rien sur tout ce que cela implique et renvoie comme messages des séances du début d’analyse ; je laisse parler, estimant que ce n’est pas le moment. « Mon père était comme cela, toujours dans la plainte, jouant les malheureux empathiques, rêvant de romantisme et de liberté en même temps qu’il se cloîtrait dans la solitude et le dénigrement de la vie de couple, toujours inquiet du qu’en-dira-t-on, amoureux des belles choses et de l’élégance et, cependant, s’imposant le costume le plus passe-partout, les mœurs les plus convenables, lui qui se disait fils des Lumières… Comme s’il fallait qu’il capitule devant une force supérieure qui le voulait en souffrance, toujours dans la plainte de lui-même et une compassion très mondaine des autres, jamais dans l’action… » (…)


Je repense à d’autres séances -ou, plus justement exprimé, mon inconscient, à l’écoute de l’inconscient de Monsieur V. me rappelle d’autres séances bien précises, jamais anodines- et je lâche alors, d’un ton très neutre : « comme un saint sur la voie de la béatification » (silence, puis un « oui, saint béatification »). J’ajoute : « entendez saint comme bon vous semble, la langue est assez riche et l’inconscient sait en jouer à merveille : sain, sein, saint, blanc-seing… » Il repart alors d’un débit plus rapide : « oui, je comprends bien ; d’ailleurs, sa peur de la maladie vient de là aussi, comme s’il avait peur de l’empoisonnement, de tenter le diable en ne mangeant pas sain, en ne vivant pas sain, en… » (l’émotion monte, je laisse un court instant avant de lancer un dernier « oui »). « Il n’a jamais été heureux, jamais vraiment ressenti de vrai plaisir non plus, à mon avis, trop occupé à chercher à justifier son existence aux yeux des autres, comme s’il avait une vieille dette à payer (…) J’étais comme cela aussi, jamais vraiment là, incapable malgré mes discours de sortir de ce même schéma, toujours en quête de reconnaissance, le masque au visage et le poids du monde sur les épaules, le plaisir, la jouissance, m’étaient interdites, comme ils lui avaient été toute sa vie durant. »


Je termine alors par un « Je ne vous le fais pas dire : il s’agit à présent de jouir à la bonne place, au bon endroit. » Monsieur V. m’a entendu, mais continue sur sa lancée, la honte, cette honte que j’ai ressentie dans les silences lorsqu’il fallait parler de plaisir… » Je l’interromps : « on va en rester sur cette honte pour aujourd’hui. » L’objectif étant, à terme -c’est encore assez loin d’être terminé, même si c’est un autre sujet, un sujet, qui avance ver son Désir et qui, libéré, avec ses restes, certes -car il ne peut pas ne pas y avoir de reste- ne cèdera plus jamais sur son désir !

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